Hervé Falciani est une personnalité ambiguë. Cet informaticien français, salarié de la filiale suisse de HSBC, va dérober en quelques mois des fichiers contenant les noms de plus de 100 000 comptes de particuliers tentant d'échapper au fisc. Il essaie d'abord de les monnayer à son seul profit avant de se muer en lanceur d'alerte en transmettant ces données confidentielles aux administrations fiscales des principaux pays européens.

Le documentaire de Ben Lewis revient sur les dessous de ce vaste système d'évasion fiscale et de blanchiment d'argent accepté et même encouragé par HSBC. Il fait raconter ce qui deviendra l'affaire Swissleaks par celui qui en a tenu le rôle principal, Falciani lui-même.

L'enquête de Ben Lewis est aussi instructive qu'agaçante. Le réalisateur est confronté à la mise en images toujours compliquée de ce type de documentaire. Rien de moins cinégénique que de filmer des banques ou des administrations fiscales. Alors il multiplie les prises de vues de façades d'établissements HSBC, de la ville de Genève, de liasses de billets... Du signifiant pas léger, léger. Il a aussi recours à de courtes scènes de fiction dont certaines frôlent la faute de goût, tout comme son nappage musical omniprésent. L'enquête vaut pourtant pour la vision d'ensemble qu'elle apporte de l'affaire Swissleaks et l'analyse des réactions des différents pays européens confrontés au même questionnement : faut-il ou non exploiter des données personnelles volées ? Leur réponse variable en dit beaucoup plus sur la culture et le fonctionnement de la démocratie en Europe que bien des longs discours.

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